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Une histoire avec du Still

Dans le but de trouver une cause à leurs maux et de mettre des mots à leurs souffrances, de plus en plus de personnes se tournent vers l’ostéopathie.

Bien que cette médecine manuelle soit établie autant sur des sciences rigoureuses que des arts recherchés, il ne faut cependant nier qu’elle détient une histoire qui lui est propre. Il est évident que cette pratique ne s’est pas auto-créée, elle a eu recours à de nombreux participants et à leurs mains.

Comme il a été nécessaire d’avoir l’étincelle pour que la philosophie ostéopathique puisse s’embraser à travers les mœurs ; étincelle conçue de la part d’un homme visionnaire et studieux  : Andrew Taylor Still.

 

Mais pourquoi existe-t-il tant de débats à son sujet ? Qu’est-ce qui fait que nous voyons plus en ce M. Still un grand ostéopathe qu’un simple thérapeute ?

 

En effet, le personnage de Still semble aisément coïncider avec le portrait type de l’Américain du XIXè siècle : un méthodiste ayant fréquenté les indiens, ayant aimé les découvertes et ayant connu les conquêtes de l’Ouest.

Toutefois, la personne de Still réservait en elle quelques particularités que la Nature lui avait léguées lorsque celui-ci naquit en 1828. Penseur d’une grande impertinence, travailleur doué d’une belle curiosité, plaisantin convaincant et pragmatique résolu.

Ses attraits – ajoutez à cela une éducation basée sur la pensée méthodiste – lui ont permis depuis son enfance d’arpenter « le grand livre de la Nature » et d’accompagner son père (médecin et prêcheur) dans ses expéditions médicales.

Ainsi, ces expériences riches seront les prémices de son avenir éloquent ; elles lui donneront l’intérêt de la compréhension du vivant et l’envie de venir en aide aux plus nécessiteux.

En 1848, il décida alors d’entreprendre des études de médecine, comme son père. Mais après deux années, il arrêta son cursus, déçu par la médiocrité dangereuse du Savoir médical et de « l’enseignement donné sur le tas ».

Malgré ce non-aboutissement universitaire, il ne put s’empêcher de continuer à approfondir ses recherches et à vouloir le bien en étant à l’écoute, compatissant à l’égard des malades, et en venant à leur aide et en cherchant le « pourquoi » des souffrances.

En dépit de ses connaissances limitées, il tentait d’agir en « médecin » avec tout le monde : il restait proche de l’enseignement thérapeutique tout en gardant une pensée libre et ressentant une empathie pour les minorités estropiées (Indiens, Noirs, …) .

Or, ses limites dans le savoir allaient prendre fin en l’année 1864, qui juste après la guerre de Sécession (guerre ayant opposé les États du Sud pro-esclavagistes contre les États du Nord anti-esclavagistes, dont la victoire alla pour les Nordistes), eut connu une terrible épidémie de méningite qui emporta des milliers de personnes, dont trois des enfants de Still.

Au lieu de l’affaiblir, cette éprouvante tragédie aura au contraire animé une volonté indéfectible dans ses multiples travaux anatomiques (des dissections qu’il faisait sur les cadavres de la guerre de Sécession) et en menant une pratique bénéfique sur ses patients.

Sans repos, il apprit, élargit ses connaissances et travailla sur une nouvelle philosophie de soins, qui n’aurait recours aux concepts vulgaires de la médecine orthodoxe.

 

Et cette philosophie devint une révélation, le 22 juin 1874 à 10 heures précises, Still avait 46 ans.

 

Dans sa 46e année, Still décida de baptiser la nouvelle méthode « osteopathy » et « de jeter une bonne fois pour toutes les médicaments aux chiens ». C’est ainsi que naquit notre pratique:

 

« Vous vous demandez ce qu’est l’ostéopathie ; vous regardez dans le dictionnaire médical et trouvez : « maladie des os. » C’est une grave erreur. « Ostéopathie » est composé de deux mots : osteon signifiant ‘os’, et pathos, pathein, ‘souffrir’. Elle  présume que l’os osteon est le point de départ à partir duquel  j’ai établi la cause de conditions pathologiques, puis j’ai combiné ostéo avec pathie d’où a résulté ostéopathie. » A.T.STILL

 

De cette date jusqu’aux années 1890, tout s’enchaîna : l’établissement des trois principes ostéopathiques (lien entre structure et fonction, l’unité du corps et l’autoguérison), ses premiers résultats positifs sur des malades (notamment des cas de dysenterie), la fondation de la première école d’ostéopathie à Kirksville, les rencontres avec ses successeurs (Littlejohn, Sutherland,…) etc…

Still, qui était devenu « DO » (autrement dit « docteur en ostéopathie », en opposition à « MD », soit « docteur médical ») mettra tout en œuvre pour que l’ostéopathie détienne un nom, malgré le fait qu’il sera violemment critiqué et ignoré.

Dans ce désir de promouvoir ses idées, ses contemporains pensaient ajouter à la pensée ostéopathique des concepts innovateurs et scientifiques, ce qui suscita en Still un mécontentement tel qu’il refusait d’abandonner son entreprise.

Mais affaibli par la vieillesse et la typhoïde, il dut se résigner à prendre sa retraite, se retirant dans l’occasion à Kirksville. Des années 1890 aux années 1900, il rédigera ses mémoires et ses découvertes dans de volumineux livres.

Après tant d’efforts, il s’éteindra en 1917, à l’âge de 89 ans.

En résumé, il est important de comprendre que Still a fait preuve d’une persévérance et d’une énergie hors du commun. Son intérêt pour l’anatomie, la mécanique de la Vie, son obsession de vouloir soulager les malades et les nombreuses difficultés rencontrées ont fait de lui un personnage remarquable, intéressant et incontournable dans l’univers de l’ostéopathie.

Bien qu’infime personnage de l’Histoire, nous ne pouvons ignorer Still dans nos débats, aussi bien valorisant que contradictoire.

 

« Enseigner les principes tels que je les comprends et non pas des règles » (Still, 1999, 18)

 

Bibliographie : Lionnelle et Marielle Issartel « L’ostéopathie exactement » et « Autobiographie » de Still

HUBERTY William