Ostéopathie et entreprise, une histoire de TMS!

Publié par FédEO le

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) recouvrent diverses pathologies notamment liées aux postures de travail extrêmes, aux efforts excessifs et aux gestes répétitifs en milieu professionnel. Ils surviennent à la suite d’un déséquilibre entre les capacités fonctionnelles des personnes et les sollicitations professionnelles, lorsque les mécanismes de récupération ne sont plus suffisants.

En affectant les tissus permettant le maintien et la mobilité des articulations, ils provoquent une gêne fonctionnelle douloureuse qui se traduit alors par des atteintes nerveuses, vasculaires, ligamentaires, tendineuses et plus rarement musculaires. Elles sont causées par divers facteurs:

Tout d’abord, des facteurs biomécaniques comme les contraintes posturales, le travail en force, les gestes répétitifs, le port de charges lourdes ou encore l’usage d’outils à vibrations (Marteau-Piqueur).

  Puis, des facteurs psychosociaux relevant du management, le stress augmentant le risque de facteur biomécanique, on se retrouve vite dans un cercle vicieux.

  Enfin, des facteurs individuels comme l’âge et le sexe.

     A ce sujet, on constate que le risque de TMS est plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Par exemple, pour les salariés entre 20 et 59 ans, 15% des femmes et 11% des hommes présentent des TMS aux membres supérieurs (selon l’INVS – Institut National de Veille Sanitaire, 2010). On les retrouve sous différentes formes (pathologies) comme le syndrome du canal carpien au niveau de la main et du poignet (presque la moitié des TMS reconnus), la tendinite de la coiffe des rotateurs au niveau de l’épaule, l’épicondylite et l’hygroma (bursite) au niveau du coude, ainsi que les cervicalgies, lombalgies et dorsalgies concernant le dos.

La mobilisation autour de cette question s’est beaucoup développée ces dernières années avec différentes campagnes de prévention menées auprès du grand public, des chefs d’entreprise, des salariés et des professionnels de santé, lancées par le ministère chargé du Travail en avril 2008 :

« Les TMS, parlons-en pour les faire reculer » et en mai 2009.

« Les TMS, la prévention, on s’y met tous« , ou la campagne européenne « Allégez la charge » conduite en 2007 sous l’impulsion de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail.

Effectivement, les TMS sont aujourd’hui une priorité de santé publique car leur indemnisation engendre chaque année de très lourds coûts de régularisation. La Caisse Nationale de l’Assurance Maladie annonce quelques chiffres inquiétants : les TMS correspondent à la perte de près de 9,7 millions de journées de travail et représentent un coût 930 millions d’euros de frais directs couverts par les cotisations des entreprises.

Anne-Sophie DAVID, journaliste du Nouvel Économiste, souligne en outre que ces chiffres ne prennent pas en compte les frais indirects liés à la perte de performance de l’entreprise incluant la gestion des absences, la réorganisation et le maintien d’un niveau de productivité et de qualité satisfaisant (le Nouvel Économiste , le 28 novembre 2012).

En France, les TMS représentent 85 % des maladies professionnelles, et le nombre de nouveaux cas ne cesse de croître. Leur multiplication est plus que jamais liée à la conjoncture économique actuelle.

On note effectivement une hausse d’environ 13% par an depuis 1995. (publication de la CNAM le 30 janvier 2013).

En comparaison, une épidémie de grippe, selon sa gravité, représente un absentéisme de 2 à 12 millions de journées de travail (Groupes Régionaux d’ Observation de la Grippe – 2006).

Bon nombre d’entreprises raisonnent désormais en terme de politique préventive plutôt que curative à l’instar du proverbe latin « Il vaut mieux prévenir que guérir » (Publilius Syrus) .

Dans cette optique, en quoi une prise en charge ostéopathique au sein même de l’entreprise peut-elle constituer une solution efficace pour lutter contre la douleur causée par les TMS ?

Le traitement de ces troubles s’inscrit parfaitement dans le champ d’action de l’ostéopathe. Il peut agir aussi bien dans l’urgence que dans la prévention, tant dans l’aigu que dans le chronique. Il contribue ainsi à l’amélioration des conditions de travail des salariés. Rappelons que l’ostéopathie est une thérapie holistique, c’est à dire qu’elle soigne un patient dans sa globalité. Outre le traitement manuel, le praticien peut également expliquer à son patient comment adapter son poste de travail (ergonomie) et même lui conseiller quelques exercices à faire quand les douleurs ou la fatigue commencent à apparaître (auto-étirements, travail sur la respiration).

Soulignons néanmoins quelques limites : l’ostéopathe ne traitera pas en premier abord les sujets présentant des pathologies infectieuses (fièvre) et inflammatoires, des fractures des zones concernées récentes et ne remplace pas pour autant l’ergothérapeute ni le psychothérapeute ; une approche pluridisciplinaire s’avère donc indispensable.

Pour étayer nos propos, appuyons-nous sur une étude réalisée par Laure Capron (ostéopathe D.O) pour la réalisation de son mémoire de fin d’étude (« Ostéopathie, troubles musculo-squelettiques et entreprise » juin 2009):

Une enquête menée sur 100 salariés d’une entreprise d’informatique pendant 3 mois lui a permis de remarquer significativement l’impact de la prise en charge ostéopathique, sur le plan curatif, en milieu professionnel.

Dans son étude, on constate que l’Échelle Visuelle Analogique (EVA), qui est une réglette de 0 à 10 permettant une auto-évaluation de la douleur ressentie, passe d’une moyenne de 6 à 1 dès la première semaine après le traitement.

En réduisant la douleur, principale symptomatique des TMS, l’ostéopathe agit sur la plainte du salarié et par conséquent le besoin d’arrêt de travail.

Pourtant la démarche préventive dans le traitement des TMS est essentielle.

Si le salarié est bien dans son corps (par la mise en place de traitement préventif), il sera pleinement présent sur son lieu de travail, c’est à dire qu’il pourra se focaliser sur sa tâche avec toute son attention. Une fois fixé sur la tache à effectuer, le salarié pourra alors donner du sens à son travail afin d’être efficace.
Cette approche met le salarié dans une démarche active, épanouissante et saine qui diminuera les facteurs de risques de déclenchements des TMS.

Ces paramètres sont applicables à la communication verbale de l’entreprise et permettent d’obtenir de bonnes conditions pour un dialogue constructif et respectueux. En suivant ce précepte chacun est gagnant. Pour poursuivre dans cette dynamique, il faut encourager la Recherche en Ostéopathie sans laquelle on ne pourra établir les effets bénéfiques de cette thérapeutique sur le long terme.

Mettre en place une «solution» ostéopathique au sein de l’entreprise à titre préventif et curatif apparaît alors comme un bon compromis. Elle passe forcément par des aménagements (modification du mobilier de travail, prise en charge médicale des salariés, des aménagements de temps de travail pour bénéficier de formation en ergonomie). Pour réaliser ces aménagements, il ne faut pas négliger les aides qui existent, tant en matière de conseils (institutionnels ou fournis par des consultants en ergonomie…) que de soutien financier.

Pour finir on peut dire que l’intégration de l’ostéopathie en milieu professionnel nécessite une corrélation entre les différents intervenants médicaux du monde de l’entreprise. A l’heure actuelle, même si on tend vers une prise en charge pluridisciplinaire, les ostéopathes sont encore en bout de chaîne et agissent plutôt sur le plan curatif  que préventif alors qu’ils sont pourtant une solution thérapeutique potentielle à la résolution socio-économique des TMS.

Pierre-Adrien LIOT

Avec Thibault Canaguier

 

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