Pierre Tricot, Still et l’approche tissulaire

Publié par FédEO le

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« Faire ce qu’a fait Still était impossible, en tout cas, dans le vieux continent. »

Cet article fait suite à un autre tiré de la même rencontre: http://fedeo.eu/losteopathie-selon-pierre-tricot/

Pierre Tricot est un ostéopathe Normand d’origine Parisienne. Il est connu notamment pour le développement du concept d’approche tissulaire et de la traduction des travaux d’Andrew Taylor Still.

L’approche tissulaire est un concept ostéopathique développé par Pierre Tricot au fur et à mesure de l’évolution de sa vision de l’Ostéopathie et du traitement manuel.

Pierre Tricot nous confie que dans cette évolution, la lecture et la traduction des travaux d’ Andrew Taylor Still ont eu un impact important, sans quoi il n’aurait pu établir les bases de sa philosophie et de sa pratique.

Nous allons donc commencer par détailler cette rencontre littéraire entre l’ostéopathe du XIXème siècle et celui du XXIème siècle.

Au début de notre entretien, Pierre Tricot ne manque pas de nous dire que lors de la période où il commençait la pratique de l’ostéopathie, les écrits fondateurs n’étaient pas ou peu enseignés.

«On en entendait parler au début de notre cursus mais très vite nous passions à autre chose.»

Ce bref interlude nous permet de comprendre qu’à l’époque où Internet et l’informatique n’existaient pas, les possibilités de se fournir et donc d’étudier les écrits d’ A.T. Still étaient pauvres. En effet, pour Pierre Tricot, Andrew Taylor Still était souvent cité mais jamais étudié. Ainsi y a-t-il eu énormément de fausses citations attribuées au fondateur.

« En 1971, il n’y avait aucun texte original; pas de lien avec la nature originelle de l’ostéopathie.»

Pourtant, dès le début de sa pratique, Pierre Tricot s’est très vite senti obligé de se tourner vers les écrits de A.T. Still pour mieux comprendre et justifier sa pratique ainsi que son ressenti.

Après s’être fourni les écrits originaux en anglais, Pierre Tricot a donc commencé son travail de traduction. Ses premières traductions n’avaient pas pour but d’être publiées.

«J’étais persuadé que les gens ne seraient pas intéressés par ce genre de bouquin.»

Pourtant, l’idée de rendre possible l’accès à tous aux ouvrages originaux de A.T. Still a amené les traductions à se transformer en un ouvrage publié aux éditions Sully sous le nom d’« Autobiographie ».

« Il est incroyable de voir les connaissances de l’époque et surtout la capacité d’exploiter ce qu’ils avaient. Comme il y avait peu de connaissances, il fallait savoir l’exploiter au maximum. Aujourd’hui nous avons plus de connaissances mais nous les exploitons moins. »

Ce que montre Pierre Tricot à travers l’étude des écrits du fondateur, c’est avant tout le génie d’un homme dont l’intuition a permis de mettre le doigt sur un procédé thérapeutique pratiqué encore aujourd’hui et qui démontre jour après jour son efficacité; cela dans un contexte où les découvertes scientifiques étaient pauvres, prouvant que l’ostéopathie est née de la réflexion d’un homme sur l’Homme.

Aujourd’hui, Pierre Tricot considère A.T. Still comme un « fulcrum » sur lequel s’articule sa pratique.

Au cours de notre entretien, notre hôte nous a parlé un peu de ce personnage déroutant et intrigant qu’est notre fondateur.

Profondément religieux, A. T. Still se concentrait énormément sur la composante spirituelle de la nature humaine. Ce pionnier vivait à la lisière entre deux cultures: la culture occidentale américaine basée sur l’écrit et la culture indigène autochtone orale. Les réflexions d’ A.T. Still sont donc le mélange complexe de plusieurs courants de pensée autour de la « santé ».

Cela même est à l’origine d’une certaine exclusion des fondements de l’Ostéopathie au début du XXIème siècle. A l’aube d’une science laïque, technologique et démonstrative, les écrits de A.T. Still se sont vus critiqués, voire même reniés par certains courants de l’ostéopathie. Pierre Tricot parle des « Encombrants » lorsqu’il nous explique comment ses contemporains pouvaient percevoir Still.

Pourtant, comme nous le dit Pierre Tricot, « Le fondamental de l’ostéopathie est l’anatomie et la physiologie, même si pour la physiologie, il y a eu des découvertes incroyables. Elles ont pu remettre en cause les bases connues de l’époque ».

Il n’est donc pas inintéressant de se plonger, même aujourd’hui, dans les œuvres du fondateur.

Qu’en est-il de l’approche tissulaire dans tout cela?

Pour Pierre Tricot, le concept d’approche tissulaire est une philosophie qui s’intègre dans le courant de l’ostéopathie stillienne. A l’origine, cette approche vient d’un problème de palpation.

En effet dans ses débuts, Pierre Tricot nous a confié son réel problème de palpation. Il lui fallait alors établir une méthode pour subvenir à sa pratique. Cette méthode se base sur une mise en place précise pour rentrer en contact avec les tissus du patient. C’est donc en se basant sur l’écriture de la Biographie de Sutherland que Pierre Tricot a abandonné la prise à 5 grammes pour une approche plus profonde et plus précise pour son référentiel palpatoire.

Progressivement Pierre Tricot a établi ce qu’il nomme « les critères de palpation » à savoir: Ancrage, Présence, Attention et Intention.

L’approche tissulaire rentre dans une catégorie de techniques que l’on nomme faciales, portées sur les aponévroses, les tissus conjonctifs, etc…

Les premiers travaux sur la tenségrité ont permis de mieux comprendre comment les fascias influençaient la posture ainsi qu’une meilleure appréhension de la globalité des tissus.

« On peut donc dire que l’approche tissulaire est née d’une corrélation entre découverte scientifique et résultats cliniques, ce qui en fait une approche ostéopathique sérieuse. »

C’est plus tard que la notion d’influence de l’intention sur le tissu fait son apparition dans l’approche tissulaire. Ce concept de conscience projetée prend naissance dans les travaux de Franklyn Sills (ostéopathe anglais) autour de ladite question.

« En projetant une attention, j’arrivais à obtenir une réponse, ce qui m’a d’abord étonné. Puis je me suis dit que le corps n’était pas que de la chair mais un ensemble de tissus conscients, une conscience élémentaire mais présente »

 Pour finir, l’approche tissulaire se base aussi sur le postulat de la mémoire tissulaire, c’est-à-dire qu’un tissu emmagasine de l’énergie qu’elle soit mécanique ou même psychologique.
La restriction peut être engendrée par le simple fait de l’accumulation d’émotions négatives. Elle est la traduction symptomatique d’une incapacité de gestion des tissus à un stimulus de stress permanent.

L’intervention extérieure de l’ostéopathe permet de dégager et de permettre au tissu de se décharger de cette accumulation. Sans quoi, les restrictions se multiplient, engendrent d’autres dysfonctionnements de plus en plus gênants.

Arrivés à ce niveau, il ne faut donc pas oublier que l’ostéopathe est aussi un ensemble de tissus qui peut recevoir les informations des tissus du patient; ce qui explique que même d’un point de vue extérieur, nos tissus réagissent et peuvent eux-mêmes subir l’influence des tissus dysfonctionnels.

« C’est là que l’hygiène de vie du praticien prend tout son sens car il peut être victime de son traitement et transmettre ses propres dysfonctions aux patients.»

Remerciements à Pierre Tricot pour nous avoir accordé un peu de son précieux temps

Plus d’informations sur : http://www.approche-tissulaire.fr/

Pierre-Adrien LIOT

 

La vidéo de notre rencontre

 

 

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