chiropracteur

Chiropraxie et Ostéopathie, jeu de mains.

De nos jours, il existe de nombreuses thérapies manuelles : l’Ostéopathie, la Chiropraxie, l’Étiopathie, la Fasciathérapie, la Kinésithérapie, … Elles sont séparées en deux groupes : d’une part, les thérapies manuelles alternatives (Ostéopathie, Chiropraxie, Étiopathie, Fasciathérapie,…) et d’autre part, la thérapie manuelle conventionnelle (Kinésithérapie).

Pour plus d’informations sur la kinésithérapie :http://fedeo.eu/losteopathie-kinesitherapie-entitesdifferentes/

Concernant les thérapies manuelles alternatives, seules deux pratiques ont été reconnues dans le cadre de la loi Kouchner de 2002 : l’Ostéopathie et la Chiropraxie.

Ce n’est pas évident de différencier ces deux pratiques, au regard de deux points communs essentiels : non seulement, elles envisagent le patient comme une globalité, mais encore elles utilisent aussi comme outil principal,  La Main


Nous sommes souvent amenés à nous croiser, que ce soit par le parcours des patients ou par notre propre parcours de thérapeutes. Bien que nos techniques et notre idéologie soient voisines, nous nous connaissons toutefois peu. Ainsi, notre distinction, aux yeux du grand public et même parfois des (futurs) praticiens, demeure opaque.

Partant de ce constat, s’agit-il finalement de deux thérapies différentes ou bien plutôt d’une même profession cherchant à s’exprimer dans deux entités distinctes ?

Pour répondre à cette question la FédEO est allée à la rencontre de Mr Fleuriau (président de l’Association Française de Chiropraxie) pour étayer ses connaissances sur cette profession.

Commençons par un petit rappel historique.

Les deux professions trouvent leur origine au XIXe siècle aux Etats-Unis.

L’ostéopathie a été fondée par Andrew Taylor Still, en 1874 suite à l’évolution de « son concept de médecine ». Il crée, en 1892 à Kirksville, l’American School of Osteopathy (ASO). C’est le premier collège d’ostéopathie au monde.

Le britannique John Martin Littlejohn, élève contemporain de Still, crée de son côté la British School of Osteopathy (BSO) à Londres en 1917. C’est lui qui va implanter l’ostéopathie en Europe au XXe siècle à son retour des Etats-Unis.

Ce n’est qu’en 1957 que la première école française d’ostéopathie voit le jour (soit 65 ans après les États-Unis). Elle est à ce moment sous la direction de Paul Geny aidé de Thomas G. Dummer, un ostéopathe anglais.

La chiropraxie, quant à elle, a été fondée en 1895 par Daniel David Palmer (USA). Cependant, sa méthode fut déclarée officiellement en 1897 par le biais de la fondation de la Palmer School of Chiropractic (PSC) à Davenport.

Ce n’est qu’en 1965 que s’installe en Grande-Bretagne le premier collège européen de chiropraxie (soit 68 ans après les États-Unis).

En 1993, la Fédération mondiale de chiropraxie (WFC) devient membre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Depuis, la chiropraxie est reconnue dans une quarantaine de pays dans le monde, contre une vingtaine pour l’ostéopathie (Selon le Registre des Ostéopathes de France – ROF – et la World Federation of Chiropractic-WFC).

Même si ces deux professions ont suivi le même parcours historique dans leur expansion géographique, l’ostéopathie est née 21 ans avant la chiropraxie et est arrivée plus rapidement en France.


De l’évolution historique à la situation démographique actuelle.

Aujourd’hui, les deux réservoirs historiques européens de la chiropraxie et de l’ostéopathie sont la Grande-Bretagne et la France.

Selon les données de l’Association Française de Chiropraxie (AFC), on compte aujourd’hui plus de 700 chiropracteurs en France. Parallèlement, on compte environ 22 318 ostéopathes en France d’après l’enquête menée par le Registre des Ostéopathes de France (ROF) en avril 2015.

Nous sommes face à un important déséquilibre démographique sur le territoire français, avec un rapport de 1 chiropracteur pour 32 ostéopathes.

Cet écart conséquent se justifie notamment par le nombre d’établissements de formation et l’ancienneté de l’ostéopathie sur le territoire français.

Effectivement, on compte en France deux centres de formation pour la chiropraxie (régis par une même structure, l’institut franco-européen de chiropraxie – IFEC) pour une vingtaine en ostéopathie depuis juillet 2015 (écoles agréés).

Aujourd’hui prêt de 50% des Français ont déjà consulté un ostéopathe selon une étude OpignonWay (menée par le SFDO). Les patients se tournent facilement vers l’ostéopathie. Il en résulte un nombre croissant d’ostéopathes ; c’est l’effet Snowball (boule de neige).

Le temps de formation propre à chacune des professions est aussi un facteur influant sur le nombre de professionnels.

Il se trouve qu’à ses débuts, la formation d’ostéopathie s’organisait sur 3 ans de formation, pour la majorité des centres, alors que la chiropraxie s’organise, depuis son départ, sur une formation en 6 ans, soit 2 fois plus d’ostéopathes que de chiropracteurs diplômés sur 1 temps de formation.

Aujourd’hui, les nouveaux décrets en ostéopathie tendent à régulariser la situation avec une formation en ostéopathie sur 5 ans pour tous. Ainsi, le nombre d’ostéopathes sortant diminuera dans les années à venir.


 Qu’en est-il du cœur de chacun des métiers: leur concept.

Selon l’AFC et la société franco-européenne de chiropratique (SOFEC),

« la chiropraxie consiste en la prévention, le diagnostic, et le traitement des pathologies mécaniques, réelles ou supposées, de l’appareil neuro-musculo-squelettique, en particulier du rachis, et de leurs conséquences ».

La thérapeutique est conservatrice, principalement manuelle. La colonne vertébrale et le bassin sont au centre du diagnostic et du traitement.

Selon la définition du Syndicat Français des Ostéopathes (SFDO), tirée du référentiel Métier Ostéopathe :

« L’ostéopathie consiste, dans une compréhension globale du patient, à prévenir, diagnostiquer et traiter manuellement les dysfonctions de la mobilité des tissus du corps humain susceptibles d’en altérer l’état de santé. »

En ostéopathie, l’équilibre des structures est au centre du diagnostic et du traitement, on parle d’homéostasie.

A première vue, il semblerait que la chiropraxie porte une attention particulière au segment vertébral et musculaire, les plaçant au centre de sa thérapie alors que l’ostéopathie, quant à elle, placerait plutôt les tissus et leur composante de mobilité au centre de l’intention thérapeutique.

A la base du concept, l’ostéopathie considère l’artère (système vasculaire) comme reine, garante de la vie, alors que la chiropraxie place le nerf (système nerveux) comme roi, sans quoi il ne peut y avoir d’expression de la vie.

La notion de globalité est commune, nous sommes là, face à des médecines holistiques, mais l’approche semble différer.


 Alors sur quoi travaille-t-on vraiment ? Quelle approche thérapeutique proposons-nous ?

Nos deux professions sont toutes deux des médecines manuelles qui ne prescrivent pas de médicament mais utilisent la manipulation pour guérir. De plus, ce sont des thérapies de première intention, c’est à dire que l’on n’a pas besoin de prescription du médecin généraliste pour aller consulter.

Comme dis précédemment, la chiropraxie a mis l’accent sur l’état de santé de la colonne vertébrale et son impact sur le système nerveux.

En chiropraxie, on considère que la sensation de douleur est transmise au cerveau par les nerfs qui sont présents dans tout le corps, se regroupant pour former la moelle épinière et remontant jusqu’au cerveau dans une «coque protectrice», la colonne vertébrale. Il arrive que cette « coque protectrice soit lésée ».

Ces lésions perturbent l’influx nerveux et peuvent être responsables de douleurs. Le but du chiropracteur est alors de rétablir un bon fonctionnement de la colonne vertébrale et par conséquent, un bon fonctionnement du système nerveux, avec le soulagement des douleurs qui en découle.

Les actes chiropratiques sont donc surtout basés sur des manipulations structurelles (articulaires), qui représentent la majeure partie de l’activité d’un chiropracteur. Ce dernier peut utiliser des instruments pour son traitement, ce que ne pourra pas faire l’ostéopathe.

On parle soit de thérapie manuelle (exclusive), soit de thérapie manuelle mécaniquement assistée (drop, table mécanique), soit de thérapie instrumentale (activator).

En ostéopathie aussi, les techniques de manipulations structurelles représentent une part importante du traitement. Néanmoins, l’ostéopathe cherchera à ré-harmoniser l’ensemble des structures du corps. L’ostéopathe se base sur l’interrelation entre la structure et la fonction de chaque tissu et n’hésite pas à travailler sur l’un d’eux par le biais d’un autre.

L’ostéopathie a donc développé une technicité importante sur l’ensemble des sphères du corps humain comme par exemple son approche crânienne, viscérale ou encore les techniques fasciales et aponévrotiques.

A ce titre, nous pouvons dire que le champ d’investigation des ostéopathes est plus élargi que celui des chiropraticiens alors que l’éventail d’outils de ces derniers est plus important et s’oriente plus dans le domaine ostéo-articulaire.

Précisons tout de même que les chiropraticiens utilisent aussi des techniques viscérales.

« L’approche est bien tentée et les résultats thérapeutiques sont bons, mais ne sont pas encore assez systématiques » en comparaison avec l’ostéopathie (d’après l’AFC).

En France, du point de vue ostéopathique, ce concept a pris essor grâce à Jean-Pierre Barral qui a posé les bases des techniques viscérales, devenues un élément incontournable du traitement. Il en est de même avec le concept crânien de William Garner Sutherland.


 Ce que nous pouvons conclure:

Malgré cela, quelle que soit la technique utilisée et la profession concernée, l’objectif commun sera de redonner de la mobilité car toute structure est anatomiquement conçue pour se mouvoir. Tout le monde s’accorde à dire que le mouvement, c’est la vie.

A noter que nous prenons en compte les facultés de récupération du corps humain. Ainsi, nos deux professions remportent des résultats significatifs concernant spécialement les TMS (pour de plus amples informations http://fedeo.eu/losteopathie-dans-lentreprise-une-histoirede-tms), les personnes âgées, les sportifs, les musiciens, au cours de la grossesse et après l’accouchement.

Il est certain que dans la pratique, nos approches diffèrent, pourtant les résultats sont là, nous soulageons les patients, ce qui reste finalement le plus important.


 Le rapport à la recherche et à la démonstration est encore un facteur discriminant.

Il ne faut pas oublier que le nombre de recherches sur la chiropraxie ne cesse de croître et de démontrer les bienfaits et l’efficacité des soins manuels. Il reste du travail de ce côté-ci en ostéopathie où il faut encourager la recherche.


 Mais que dit la loi dans tout cela?

C’est finalement, l’une des principales distinctions entre nos deux professions. Depuis la même loi du 4 Mars 2002, la loi Kouchner, le ministère de la santé français reconnaît les deux professions. Il faut cependant noter quelques différences dans cette réglementation.

Les chiropraticiens reçoivent une formation de six ans à temps complet. Le diplôme est international, la formation est donc la même partout dans le monde avec un minimum de 3520 heures.

Un chiropracteur a le droit de manipuler les cervicales sans certificat de non contradication du médecin. Il peut aussi utiliser différents instruments pour ajuster son traitement et avoir recours à la physiothérapie, à la thermothérapie, aux ultrasons… Il ne peut cependant pas effectuer des manipulations sur des bébés de moins de six mois (Selon l’article 3 du décrets du 7 janvier 2011 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de la chiropraxie).

Les ostéopathes, quant à eux, ont besoin d’un certificat délivré par le médecin pour toutes manipulations cervicales et n’ont pas le droit d’utiliser des instruments permettant d’améliorer les soins (selon l’article 3 du décret du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie).


Pour Finir

La chiropraxie et l’ostéopathie sont donc bien deux professions à part entière, avec leurs propres armes pour le bien-être du patient.

On pourrait sympathiquement dire que l’on cherche à polir le même diamant mais qu’on ne le taille pas de la même manière.

 

Pierre-Adrien LIOT et Thibault Canaguier